Museo Macay, Merida, Yucatan, Mexique

Peut-on prédire l’avenir?

Il ne sera pas question ici de savoir lire les astres, ou déchiffrer le marc de café, mais simplement de définir un champs de responsabilité. De quoi suis-je responsable ? A proprement parler ce n’est pas nécessairement l’acte qui importe, mais ses conséquences. Parfois ces dernières sont parfaitement prévisibles : si je lance une pierre contre une vitre il-y-a de fortes chances qu’elle se brise. Parfois elles les sont moins : si je fume une cigarette aujourd’hui, vais-je mourir du cancer ? Si oui quand ? Et surtout, ce cancer sera-t-il du à cette cigarette, ou celle que j’ai fumé hier, ou l’ensemble de celles que j’ai fumé dans ma vie, ou à aucune d’entre elles ? Aucune de ces questions n’aura jamais de réponse, parce qu’il n’est pas question de relation nécessaire, mais de causalité probable : on parle alors de risque. Or le probable est impalpable : une tendance, une trace régulière dans le sable, mais rien de certain.
Le soucis du risque est qu’il est un possible, tant que la vie éternelle est impossible. Le moindre coup de vent cause la discorde : n’est-ce pas la pollution qui cause le cancer ? Et la viande ? Les colorants chimiques ? Le bisphénol A ? Les ondes électromagnétiques ? Les vaccins ? Les OGMs ? Le nucléaire ? La pollution de l’air ? De toute façon si ce n’est pas le cancer, c’est l’épidémie de grippe aviaire qui m’emportera, ou la crise financière qui me mettra à la rue, ou la prochaine guerre chimique qui fera fondre ma peau… Ou bien l’ulcère qui s’est formé à force de m’inquiéter ? Littéralement mort de peur, une épitaphe bien risible. Le soucis du risque est qu’il est impossible, tant que la vie éternelle est un possible. Je ne vais pas mourir puisque la médecine me sauvera. Au delà dans les cieux s’étend un monde inexploré, prêt à m’accueillir. Si tout se précipite je téléchargerais mon cerveau dans un disque dur puis me construirais un nouveau corps. De toute façon nos ingénieurs sont ingénieux, ils conçoivent déjà les machines à planter les graines, des absorbeurs de CO2, des médecines aux vertus infinis pour guérir de les plus incurables des maladies. Les richesses du monde sans fin sont à nos portes. Je frémis. Et si tout cela n’était que fantasme ? Littéralement mort d’espoir, une épitaphe bien triste. Entre espoir et peur, que faire ? Voici ce que je propose : désespérons. S’il est impossible de lire l’avenir, alors préférons prêter attention au présent. Le désespoir peut être salutaire pour se remettre à penser correctement. Ce n’est pas une perte de confiance en l’avenir, mais la marque d’un respect envers un univers qui nous dépasse. De là seulement se profile une responsabilité à échelle humaine, aux dimensions de nos actes. Je ne sauverais pas la planète si je trie me déchets, si je mange moins de viande, si je consomme moins d’eau, mais j’aurais agis selon mes valeurs, pour un environnement plus propre. Si je donne à un SDF dans la rue, je n’aurais pas éliminé la pauvreté, mais j’aurais aidé une personne dans le besoin. J’aurais agis aujourd’hui, pour demain.

Catégories : Coin philo

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