Crédit photo: Jérémie Supiot

Pas facile d’être dans le temps présent avec une montre au poignet.

Bruno dantou

Chaque minute compte, mais pas celles qu’on conte. A trop compter on en oublie de conter le temps qui passe. Comment se raconte cette vie qui passe, très vite passe puis trépasse ?

Comme une évidence la montre affiche une heure quelconque. Pourtant rien n’est moins évident que le temps. Tantôt vécu, tantôt physique, il est toujours relatif. Relativité générale ou subjectivité, l’important ici est qu’il est ancré vis-à-vis d’un observateur. Cet observateur est un nœud qui lie les événements. Il est, en somme, le temps présent. J’ai donc une bonne nouvelle pour vous si vous cherchez le temps présent : vous y êtes. Mais la question n’est pas tant d’y être que d’y exister. Comment savourer avec gourmandise l’écoulement du temps ?
La réponse est aussi simple qu’énigmatique : il s’agit d’être à soi. Certains appellent cela pleine conscience, mais comprenez par là une conscience vide de toute autre chose que soi, ou encore la conscience que tout autre chose c’est soi. Une conscience, donc, pleine de soi. Rappelons nous que le temps vécu est purement subjectif, parfois partagé à l’occasion d’une rencontre, mais jamais autre. La seule vraie altérité est le néant, le rien, c’est-à-dire l’absence de temps. Même dire cela revient à ne rien dire, car c’est bien ce qu’est le néant, il n’est rien. Ce qui subsiste entre être et néant, c’est ce qu’Heidegger nommait l’être-là, c’est-à-dire un minuscule nœud d’espace-temps perdu au milieu d’un univers de passage. Lumière aussi inestimable qu’insignifiante.
Les montres sont faites pour les rendez-vous. Et vous, à quelle heure avez-vous rendez-vous avec vous ?

Jérémie Supiot

Catégories : Coin philo

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