Initiative d’employés pour améliorer la qualité de vie au travail

Qui je suis

Bruno Dantou, 45 ans, originaire du Périgord, lyonnais depuis 18 ans. Formation universitaire scientifique à Bordeaux 1. Ingénieur à temps partiel (80%) au service des Méthodes Industrielles dans un grand groupe international. Blogueur[1], musicien, Yogi. Je suis de nature curieuse et créative. J’essaye de mette tous les jours plus de cohérence, d’union en moi-même et autour de moi. J’ai intégré l’entreprise en 2000 où j’ai principalement exercé des fonctions de chef de projet et d’ingénieur sur les processus d’assemblage. Aujourd’hui j’exerce une fonction de coordination entre la fabrication, les achats, l’environnement et les services techniques. Mon témoignage est le récit d’une expérience commencée en 2017 : je fais partie d’un petit groupe de salariés portés par un même désir de prendre en main leur qualité de vie au travail.

De quoi s’agit-il ?

En 2017 un groupe de salariés de cinq personnes se retrouve. Ils parlent de leur envies d’amélioration de leur quotidien, de démocratie, de communication, de burn-out, de bore-out, d’engagement, de « vivant », de comment retrouver un espace de liberté, de retrouver plus du sens. Une volonté d’agir sur un périmètre limité à leur bâtiment (60 personnes) nait pour « se voir», faire « ensemble » et surtout faire selon des désirs. Une posture nouvelle, un nouveau regard son environnement professionnel et le « travail ».

Présentation de l’entreprise

Grand groupe industriel. Ces 20 dernières années les structures organisationnelles se sont complètement transformées et sont en permanente mutation. Faits marquants : la crise de 2009 a fortement impacté notre business. Financiarisation accrue des métiers et de l’actionnariat. En 20 ans l’entreprise a beaucoup changé :

Avant : Organisation franco-française, centre de décision en France, organisation pyramidale forte et locale. Nous avonsun seul chef qui est le manager hiérarchique local. Travail en équipe locale et en proximité physique. Stabilité des organisations

Aujourd’hui : Groupe international, multi culturel, centre de décisions plus diffus, organisation hiérarchique et fonctionnelle. Nous avons plusieurs chefs : de projet, fonctionnel, hiérarchique, « host » managers, travail dans des « open space » le casque sur les oreilles. Réorganisations fréquentes. La mondialisation / internationalisation de l’entreprise a un effet direct sur la relation au travail et sur les relations entre les employés. L’anglais est devenu la langue de travail, le management de proximité a été remplacé par un management à distance pour beaucoup d’entre nous. Les processus de l’entreprise se sont complexifiés, des hybridations, des compromis ont dû se faire au quotidien pour adapter un ancien système à un nouveau. S’ajoute à cela les écarts culturels entre entités de différentes nationalités qui voient et pensent le monde différemment. D’un point de vue externe, le marché très concurrentiel et un actionnariat de plus en plus exigeant ont mis l’entreprise sous contrainte à tous les niveaux.

Moi dans tout cela

Depuis quelques années, en parallèle de ces changements « économiques », la société civile s’est mise en mouvement. Les citoyens s’engagent et s’investissent de plus en plus. La révolution numérique change notre rapport au monde et facilite les inter-connections. Le « do it yourself » se développe. 
Lyon est une ville particulièrement dynamique.  Les actions citoyennes, associatives, transforment petit à petit notre vie « privée » et changent notre rapport au monde : ce que l’on mange, respire, écoute, ce que l’on voit. De fait, le citoyen lyonnais de 2018 a beaucoup changé et n’est plus le même que celui du début des années 2000. Le fonctionnement de notre entreprise lyonnaise internationale est-il toujours en phase avec le fonctionnement de la société ?

Comment ne pas être déstabilisé par cet écart entre deux « statuts » : citoyen et employé (salarié) que nous portons ?

Nos premières actions

Notre première action a été d’inviter tout le bâtiment à un grand « brainstorming » pour identifier les envies de chacun et dégager les priorités pour améliorer notre Qualité de Vie au Travail (QVT).  La question posée était : « Bien vivre au travail, c’est pour vous ? ». Il est alors ressorti trois besoins principaux :
créer du lien, se détendre (coin calme et confortable), avoir un meilleur espace pour travailler (salle de réunion, équipement).         

Dans les mois qui ont suivi, nous avons réalisé en commun plusieurs actions :

  • création d’un lieu convivial, dite « salle de convivialité ». C’est l’action principale qui a ancré notre initiative dans un lieu physique. Nous nous sommes appropriés une salle qui n’était pas beaucoup utilisée.
  • l’ouverture d’une commission bibliothèque pour donner et échanger des livres. Entre 12h et 13h quelques salariés-lecteurs ont pris leurs habitudes.
  • l’ouverture d’une commission « décoration » pour gérer le mobilier récupéré et la décoration « faite maison »
  • l’aménagement des petites salles de réunions existantes avec du matériel plus ergonomique (écran large, bureau réglables en hauteur)


Mode de fonctionnement du groupe

Nous essayons de fonctionner le plus horizontalement possible. Les salariés parlent et s’autoorganisent sans passer systématiquement par la hiérarchie. D’une part pour aller plus vite et surtout pour faire des choses adaptées et en phase avec les attentes des personnes. Par principe, toutes les personnes du bâtiment sont informées et invitées à venir pour donner leur avis et apporter leur contribution. Nos actions s’inscrivent dans le cadre légal et le règlement intérieur de l’entreprise.
Le management est informé des actions en cours et à venir et peut si besoin poser des objections. Nous avançons à la vitesse…à laquelle cela doit avancer ! Selon nos disponibilités, nos motivations, os énergies. Comme dit le proverbe : « ce n’est pas en tirant sur la tige que la plante va pousser plus vite ».

La question des décisions : qui décide ? qui a autorité ? Nous n’avons aujourd’hui pas répondu à toutes les questions mais il nous est apparu nécessaire de tracer des limites, quelques règles simples pour cadrer les actions autour de cette salle. 

Une commission temporaire a été créée pour écrire une charte qui est affichée sur la porte d’entrée de la « salle de convivialité ».

Notre charte

Raison d’être : Ce lieu est un espace disponible, accessible à tout le bâtiment, déconnecté, non professionnel pour améliorer notre qualité de vie dans notre bâtiment. Ce lieu est ouvert aux initiatives : décorer, partager une passion, exposer. Sont exclues les initiatives à but commercial ou caritatif. Il peut servir à divers moments de convivialité tels que débats, petit déjeuner, anniversaires Chacun est libre de venir partager un moment de convivialité autour d’un thé-café, néanmoins les machines à café, bouilloire frigo, micro-ondes et autres machines restent en dehors de ce lieu. Des lieux de restauration, petites annonces, existent déjà à l’extérieur de cette salle, merci de les utiliser pour ces usages. Les suggestions sont les bienvenues, une boite à idée est disponible.

Fonctionnement : Lieu autogéré par les résidents du bâtiment sur la base du volontariat. Faire émerger des idées, projets puis s’organiser pour la mise en œuvre. Une commission organisation ouverte à tous se réunit mensuellement. D’autres commissions permanentes et temporaires sont ouvertes à tous. Chaque commission s’organise de façon autonome mais communique sur ses activités à la commission organisation lorsque nécessaire. Réunion trimestrielle avec toutes les commissions et leurs membres. Privilégier le « low tech », la « récup » et le « fait maison ». Mode de fonctionnement le plus démocratique possible.

Nos actions à venir

Promouvoir la salle pour développer encore plus les échanges. Faire une « gazette » pour communiquer sur les actions en cours. Ouvrir des cafés – débats pour partager des passions, des centres d’intérêts. Faire connaitre notre initiative au-delà du bâtiment, essaimer pour que cette initiative fasse des petites pousses dans d’autres bâtiments.

Réactions et perspectives

Les propositions de notre groupe ont surpris autant les employés que le management. Nous avons le support du management qui dans la mesure où nous respectons les règles de l’entreprise nous laisse agir et sponsorise financièrement quelques idées. Les employés prennent leur marque, des habitudes, progressivement et chacun à son rythme. Nous apprenons en marchant pour ne pas créer une « institution » de plus et essayons d’inventer quelque chose de nouveau. Très habitué au rapport employé / employeur ou à une identification au métier, cette nouvelle posture surprend et pose des questions sur la légitimité, sur la capacité de chacun à agir, sur la responsabilité. Nous allons continuer dans cet élan, animés par cette énergie créative qui est en chacun de nous, chercher d’autres pistes de développement personnel et collectif.


A suivre !


[1] https://aphorismes.wordpress.com

Catégories : Témoignage FEVE

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