D’où je viens

Né à Lavaur et de parents parisiens, j’ai d’abord grandi dans la campagne occitane, puis en ville dans la banlieue nord de Toulouse. Une fois diplômé du baccalauréat j’ai débuté mes études de philosophie à l’université du Mirail avec notamment la découverte d’Heidegger, la lecture de Tristes tropiques de Levi Strauss et l’étude de la phénoménologie selon Michel Henry, autant de nouveaux horizons à dévorer pour mon esprit affamé. Alors que j’approchais de mes dix-neuf bougies j’ai validé ma première année puis j’ai quitté ma terre natale pour m’installer à Rennes, en Bretagne. J’y ai passé deux ans à étudier les classiques (E. Kant, R. Descartes, Aristote, Platon, M. Foucault…) mais aussi l’épistémologie (philosophie des sciences) et la logique propositionnelle qui ont totalement remis en question l’idée que je me faisais de la vérité.

Après avoir validé ma licence je suis parti à Lyon. J’avais eu vent que l’université Jean Moulin proposait un parcours professionnalisant qui proposait de faire de la philosophie autrement sur des sujets qui me passionnent depuis petit : l’éthique et l’écologie. En 2016 après avoir validé ma maitrise de philosophie contemporaine j’ai entamé ma dernière année d’étude. J’y ai fait la rencontre de personnes de tous âges, toutes origines, aux formations variées mais aux valeurs communes, qui formaient une petite communauté d’une richesse incroyable. Parmi elles Isabelle Jeannin, ex-salariée d’une grande enseigne et titulaire d’un master en histoire de l’art ; Tristan Bitsch, philosophe et musicien de formation ; Solinne Moretti, ingénieure centralienne, salariée dans un grand groupe industriel et présidente d’une petite association en devenir : le Réseau FEVE.  De cette rencontre est né un projet d’entreprise qui nous a occupé ces trois dernières années, le projet PhiloJIST. 

Le projet PhiloJIST

D’un point de vue commercial aucun de nous n’était réellement entrepreneur dans l’âme. Nous avions des convictions fortes mais aucun sens des affaires. C’est alors qu’un jour de février 2017, alors que j’étais encore étudiant entrepreneur, Solinne m’appelle : elle a déniché un appel à projet de l’ADEME qui propose un financement pour la création d’un projet écologique et solidaire. L’idée de créer une formation était déjà dans un coin de tiroir et cette nouvelle tombait comme une aubaine. C’est pourquoi même si les délais étaient courts il fallait le tenter. Après avoir bataillé des jours pour calculer le budget et remplir une infinité de papiers administratifs, le dossier est enfin déposé à quelques heures de l’échéance. Nous ne le savions pas encore mais ces efforts n’allaient pas être vains. Fin mars le projet est accepté et me voilà lancé avec mes collègues du projet PhiloJIST dans une nouvelle aventure : la formation IpESS (Intrapreneuriat Environnemental, Social et solidaire).

L’aventure IpESS

Avec Jean Paul, patron d’une petite entreprise de certification à la personne basée sur Paris, nous avons débuté la création de la certification. Il nous a fallu des semaines pour valider la bibliographie détaillée. Puis nous avons dû élaborer le syllabus et rédiger les jeux de QCM. Après deux mois de travail la certification était née. Restait à construire le déroulé de la formation. Avec l’aide de Benoit et Elyse du Graine, nous avons pris beaucoup de plaisir à imaginer la formation pour la rendre ludique mais sérieuse, dense mais équilibrée. La suite, vous la connaissez surement déjà. Nous avons entamé notre première session de formation en 2018. Depuis nous avons effectué trois sessions de formation et accompagné un total de vingt-quatre IpESS.

Aujourd’hui PhiloJIST n’existe plus, mais la formation, elle, existe toujours. C’est encore aujourd’hui une bataille de tous les jours : chercher des nouveaux salariés à former, rendre la formation éligible au CPF, mettre à jour les contenus de formation… Mais le jeu en vaut la chandelle, car c’est par l’engagement citoyen au travail que les entreprises changeront de l’intérieur. Or aujourd’hui plus que jamais ce changement est nécessaire et urgent.

Mes activités, mes projets

Depuis l’obtention de mon diplôme en septembre 2017 je jongle entre différentes casquettes : professeur particulier, professeur de philosophie au lycée La Martinière Duchère pendant 6 mois, formateur professionnel IpESS, créateur du site internet du Réseau FEVE, et aujourd’hui enseignant rédacteur pour une plateforme de cours en ligne. Mais l’essentiel de mon activité est bénévole : conférences et ateliers ; secrétaire, webmastering et accompagnement pour le Réseau FEVE ; évaluateur pour les trophées RSE chez Forse ; bénévole dans un projet européen d’éthique de l’ingénieur porté par IESF (Ingénieurs et Scientifiques de France) ; secrétaire de l’association Arne Naess.

Malgré la diversité de mes activités professionnelles ma constante reste la pratique de la philosophie. C’est pourquoi je participe aujourd’hui à la création d’un nouveau métier, celui de philosophe praticien (ou praticien de la philosophie) aux côtés notamment de Tristan Bitsch qui a créé cette année une Maison de la philosophie pratique à Lyon, et de l’association FairePhilo. Je ne conçois pas ce métier comme une pratique séparée de la philosophie universitaire mais comme une activité complémentaire qui permet de faire vivre la philosophie hors des bancs de l’université et des colloques savants. J’ai également pour projet de me lancer dans une thèse qui portera sur l’éthique de l’ingénieur.

« L’éthique est une conséquence de la manière dont nous faisons l’expérience du monde. Si vous mettez des mots sur cette expérience, alors elle devient une philosophie ou une religion. »

Arne Naess

Jérémie Supiot